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essah, qui signifie enjamber – sauter, il s'agit de Dieu qui a sauté par-dessus les impossibles, et l'improbable liberté est devenue réelle, Israël quitte l'esclavage - le paganisme pour rejoindre l'Unité.
Pessah, c'est aussi la fête des Matsot, Hag hamatsot- fête des galettes. Selon le texte de la Torah, les enfants d'Israël "cuirent la pâte qu'ils avaient faite sortir d'Egypte, (en) galettes de Matsot (Ougot Matsot) car elle n'avait pas levé, car ils furent chassés d'Egypte et ils ne purent s'attarder; et même des provisions ils ne firent pas pour eux." (Exode 12:39).
Apparemment ce texte nous livre la symbolique de la matsa – il s'agit du pain de précipitation. Il est néanmoins difficile de limiter la signification de Pessah à la précipitation. Même si la notion de précipitation est intrinsèquement liée à la matsa, ainsi qu'on la retrouve avec Avraham et Sarah lorsqu'ils reçoivent les anges annonciateurs [1] , il faudrait cependant aller au-delà du littéral, pour accéder au sens profond de la précipitation-matsa.
Il existe deux approches pour saisir les commandements divins:
l'approche philosophique- rationnelle et l'approche métaphysique. Ces
deux dimensions ne sont en aucun cas antagonistes, elles sont plutôt
complémentaires.
Nous voulons néanmoins nous démarquer de l'approche philosophique,
celle-ci étant fondée uniquement sur le rationnel; nous pensons que sans le
dévoilement il n'existe pas de signification profonde au texte. Les grands
maîtres d'Israël considèrent la philosophie tout au plus comme un moyen,
un instrument au service de l'homme [2] . Il s'agit de la méthodologie du
jugement et du raisonnement, et non d'une pensée provenant de la Source,
transcendant toutes les limites de l'intellect humain.
Comme nous l'avons rappelé dans notre commentaire sur la Torah [3] , la
dimension métaphysique voit le texte biblique comme expression de
l'esprit divin. Ainsi, l'arche de Noé, l'histoire des Patriarches, de Loth
et de sa femme, d'Isaac et d'Ishmaël, de Jacob et des douze tribus etc..
ne sont pas seulement des figures de morale, mais surtout des
descriptions de l'esprit divin qui crée, anime et dirige toutes les
créatures. Au-delà de l'existence physique des Patriarches et de leur
comportement exemplaire nous enseignant la façon exacte de vivre au
niveau de la morale, ces personnages de la Torah représentent les
principes fondateurs de la création et de la manière dont D.ieu agit dans
le monde. C'est comme cela qu'il faudra lire, par exemple, le ligotage
d'Isaac, celui-ci représentant les deux axes fondamentaux de la création
et de l'organisation du monde [4] . De même l'exode et la rédemption
d'Israël, les catastrophes du désert, et beaucoup d'autres thèmes de la
Torah seront interprétés, par les cabalistes, comme des événements
métahistoriques venant expliquer les rouages du fonctionnement divin du
monde. Essayons à présent de saisir le sens métaphysique de la Matsa.
Le Arizal nous explique, que lors de la sortie d'Egypte, D.ieu a
octroyé au peuple d'Israël les mohin dégadlouth, ce qui signifie,
la sagesse d'un adulte, afin de ne pas s'attarder sur les détails
d'inconvenance du long voyage vers la liberté.
Cette
précipitation dans la sortie d'Egypte exprime
l'accélération de la maturité par le don de la
Sagesse, en occultant, en effet, l'expérience
humaine et ses fruits. En effet si on devait attendre le réveil
de la conscience par l'expérience, on serait encore en Egypte,
ou, disparu déjà.
Le Ramhal, enseigne que la Hadraga, la gradation , l'évolution, est nécessaire pour l'entendement humain, sans elle l'homme serait incapable de saisir la cause.
Cependant pour atteindre la liberté, il faudrait sacrifier
l'évolution, donc l'expérience humaine, c'est-à-dire le temps.
Pour sortir d'Egypte il faut sortir du temps humain.
Sortir du carcan de la vie qui n'est qu'agonie,
sortir des contraintes du soi-disant nécessaire,
que l'on ne peut que subir sans que l'on ait le temps de faire le nécessaire important.
La Matsa symbolise l'antithèse de la fermentation, du
temps; sortir d'Egypte signifie alors: sortir du temps pour
rejoindre l'Eternité.
Pour cela, il faut sacrifier l'agneau, la soumission implacable à la
contrainte, à la limite de la nature. Il faut sacrifier la cause
superficielle pour atteindre la Cause efficiente, l'Unique. Anokhi hachem
acher hosétikha méérets mitsrayim – "Je suis D.ieu qui t'ai fait sortir
d'Egypte". M.C
[1] . Et Avraham se dépêcha vers la tente, vers Sarah et dit : 'Dépêche-toi; trois mesures de fine farine, pétris-(les) et fais des galettes. ' (Genèse 18:6).
[2] Voir L'Essence de la Torah, Avant- propos, et, Parachat Mikets-Hanouca.
[3] . Voir L'Essence de la Torah, Editions Ramhal, Jérusalem 2004.